« L'invisible existe. » C'est la conviction qui traverse le travail d'Alina Schiau.
Elle est fascinée par tout ce qui nous habite sans toujours se révéler : les souvenirs dont il ne reste parfois qu'une sensation, les émotions qui nous traversent, les histoires qui nous précèdent, les absences qui continuent d'être présentes, les héritages qui se transmettent d'une génération à l'autre et façonnent notre manière d'être au monde.
Ce qui nous habite
Nous sommes habités par bien plus que ce dont nous avons conscience. Certaines choses nous appartiennent. D'autres nous ont été transmises. Elles coexistent en nous, se mêlent à nos expériences et participent à construire notre regard, notre sensibilité et notre identité. Elle cherche à rendre perceptible cette part invisible de l'existence.
Peindre par strates
Ses œuvres se construisent couche après couche. Certaines apparaissent tandis que d'autres se retirent, mais aucune ne disparaît totalement. Ce qui a été recouvert demeure présent et continue d'agir sur l'ensemble. « Je peins comme j'existe : par strates. »
Les mots occupent également une place centrale dans son travail. Chaque toile commence par une phrase d'intention écrite sur le gesso, que la peinture recouvre peu à peu. À la fin, une autre phrase lui répond, gravée dans la matière fraîche. Elle demeure présente, parfois à peine lisible, comme certaines expériences, certains souvenirs ou certaines émotions qui continuent de vivre en nous sans toujours être accessibles. L'absence a aussi une présence.
Entre le visible et l'invisible
Elle ne cherche pas à apporter des réponses. La peinture est pour elle un espace d'exploration. Une manière d'approcher ce qui nous relie, nous transforme et nous constitue profondément.
Lorsque quelqu'un s'arrête devant une œuvre et lui dit : « Je ne sais pas pourquoi, mais ça me touche », alors quelque chose a eu lieu. C'est dans cet espace, entre le visible et l'invisible, que son travail prend forme.
Photo © Lucie Sassiat