Poursuivant leur collaboration, Rise Art et la House of Hulda ont confié leur deuxième résidence à Fa Razavi, une artiste dont l'œuvre explore avec subtilité les failles de la mémoire et les récits de l'exil.
Fa Razavi appréhende la création d'images comme un processus de reconstruction, où les récits personnels et culturels sont perpétuellement réassemblés sans jamais être figés. Durant sa résidence, cette démarche s'est confrontée à un environnement radicalement différent. Loin de provoquer une rupture brutale, la House of Hulda a instauré une forme de dislocation spatiale et temporelle qui a subtilement réorienté son travail.
Extraite de la densité urbaine et de l’immédiateté du quotidien, l’attention de Fa Razavi s'est tournée vers les intervalles, les silences et les seuils entre présence et absence. Ce paysage à la fois austère et empreint d'une atmosphère singulière ne s'est pas imposé comme un sujet en soi, il a plutôt agi de manière indirecte, tel un champ propice à l'abandon et au vagabondage de la perception.
Rise Art accompagne les figures remarquables de la scène contemporaine en collaborant directement avec une sélection d'artistes du monde entier. La plateforme soutient des créateurs aux parcours variés, des talents prometteurs aux signatures déjà incontournables.
House of Hulda est une organisation à but non lucratif dont la mission est d'offrir aux artistes le temps et l'espace indispensables au développement de leur pratique. L'intégralité des revenus est consacrée à l'entretien et à l'évolution de la maison atelier qu'ils occupent dans le petit village de Stave, à Andøya.
Photographies avec l'aimable autorisation de Mariell Lind Hansen, cofondatrice de House of Hulda.
Née en 1996 à Bouchehr en Iran, Fa Razavi est une artiste pluridisciplinaire dont la pratique embrasse le cinéma, la performance, la sculpture et la peinture. Son travail, qui explore les thématiques de l'exil et de la mémoire, a récemment été nommé pour le Freelands Painting Prize. Diplômée en arts plastiques de l'université du Middlesex, Fa Razavi a également étudié la mode et le costume iranien, et a été associée au département de sculpture de l'université d'art de Téhéran. L'artiste vit et travaille aujourd'hui à Londres.
voir sa galerieVotre travail explore souvent l'exil et les enjeux politiques de l'appartenance. En quoi ce séjour dans la Norvège rurale a-t-il complexifié ou déplacé ce récit ?
En Norvège, les notions d'appartenance ou de déracinement ne semblaient plus vraiment s'appliquer. Je me trouvais dans un entre-deux : sans faire partie du lieu, je n'y étais pas non plus totalement étrangère. J'étais là pour observer. J'ai pris conscience de ma condition de spectatrice, d'une immersion qui passait par le regard plutôt que par l'appartenance.
Votre palette possède souvent une forte charge symbolique. La lumière, le climat ou l'atmosphère de la Norvège ont-ils transformé votre usage de la couleur ?
Les couleurs m'ont submergée ; elles étaient d'une intensité rare et changeaient sans cesse. Je ne parvenais pas à les figer. Je voulais toutes les saisir à la fois, mais c'était impossible. J'ai donc fini par les laisser filer pour me tourner vers l'espace qui les séparait. Ce qu'il restait, c'était le silence de la neige, cet espace de quiétude qui semblait à la fois distinguer les choses et les maintenir ensemble.
Comment l'isolement à la House of Hulda a-t-il influencé l'intensité émotionnelle que l'on retrouve habituellement dans vos œuvres ?
La solitude a imposé un autre rythme, plus lent. Mes silhouettes se sont figées, comme plongées dans le sommeil. L'émotion est toujours là, mais elle s'est intériorisée : elle est désormais contenue plutôt qu'exprimée.