Nous avons le plaisir de vous présenter une nouvelle collection de peintures de l’artiste et archiviste Jessica Holmes. Articulée autour d’objets précieux hérités de membres de sa famille et rencontrés tout au long de son enfance, cette série se dévoile comme une exploration intime de la mémoire, de l’imagination et de l’allégorie.

« C’est ma série la plus personnelle à ce jour », m’a confié Jessica Holmes lors d’une visite dans son atelier londonien. Son dernier corpus d’œuvres, provisoirement intitulé *Night on Bald Mountain*, puise dans une constellation de références : des souvenirs d’enfance, en particulier les objets qu’il lui était interdit de toucher ou avec lesquels elle n’avait pas le droit de jouer ; une fascination de longue date pour les archives et les objets historiques ; et une curiosité plus générale sur la manière dont nous donnons un sens au passé.
Des poivrières de Nagasaki des années 1950 aux horloges françaises du XIXe siècle, Holmes peint un cabinet digne d’un musée, composé d’objets collectionnés et transmis de génération en génération au sein de sa famille. « Ce sont toutes des choses avec lesquelles j’ai grandi », explique-t-elle. « Et ce que j’ai remarqué à propos de tout ce que j’ai peint, c’est que ce sont des choses que je n’avais pas le droit de toucher quand j’étais enfant. Elles étaient précieuses. »

Son père, qui partageait son amour profond pour la céramique, a grandi dans les villages de potiers du Staffordshire, tandis que sa mère était une grande voyageuse qui a passé beaucoup de temps en Asie de l’Est, notamment au Japon. Ensemble, ces influences ont façonné la collection éclectique d’objets qui peuplent aujourd’hui les tableaux de Holmes. « Je pense que le fait de ne pas pouvoir les toucher quand j’étais enfant m’a donné une sorte d’intensité dans le regard », explique Holmes. « Ce sont tous des objets à propos desquels j’inventais des histoires et des récits dans ma tête. Je les regardais, et je voyais des histoires se dérouler en arrière-plan et parmi les fleurs. »
Tout au long de la série se manifeste un intérêt pour cette tendance historique à collectionner, classer et exposer des objets étranges ou encore inclassables. Les peintures de Holmes font subtilement référence aux « cabinets de curiosités » et aux « Wunderkammern », ces collections encyclopédiques antérieures aux distinctions rigides entre art, nature et artefact qui définissent les systèmes de connaissance modernes. À l’instar des cabinets qui les inspirent, ces œuvres échappent à toute catégorisation figée, maintenant en délicate suspension l’atmosphère, la culture matérielle et le monde naturel.

Des motifs floraux, des fragments ornementaux et des références historiques flottent sur le lin en constellations changeantes, où l’observation cède la place à l’invention et où de nouvelles significations émergent de formes familières. Maintenant que ces objets autrefois interdits sont entrés en sa possession, Holmes continue d’y découvrir de nouveaux récits. « Je vois encore des choses que je n’avais jamais remarquées auparavant. Plus je regarde, plus je me rends compte qu’il y a encore tant de choses inconnues qui se révèlent. »
Holmes remarque que bon nombre des motifs céramiques qui parsèment ses tableaux sont empruntés à des objets domestiques fabriqués en série et provenant des quatre coins du monde. « J’adore vraiment ce mélange de temps et de lieux », dit-elle. « Cela me rappelle la peinture vanitas néerlandaise, qui a toujours été une référence très importante pour moi. »
On y retrouve quelque chose de l’abondance exubérante des natures mortes des peintres néerlandais de la « vanitas », tels que Rachel Ruysch et Jan Davidsz. De Heem, où fleurs coupées, objets de famille précieux et importations exotiques semblent suspendus dans un état de floraison perpétuelle. Dans les compositions de Holmes aussi, tout semble s’épanouir d’un seul coup. Pourtant, elle s’éloigne de la gravité sombre traditionnellement associée au genre baroque. Au contraire, ses œuvres se déploient avec une sorte d’intensité théâtrale. Leurs titres, en particulier, évoquent la scène, rappelant non seulement la musique que Holmes écoutait dans sa jeunesse, mais aussi le caractère dramatique exacerbé de ces compositions allégoriques et la manière dont elles jouent pour le spectateur, et sur lui.

Et, alors que la tradition de la « Vanitas » insiste souvent sur le caractère éphémère de la vie, les tableaux de Holmes vibrent d’une énergie plus régénératrice. Les fleurs débordent et s’épanouissent dans les vases et les pots, leurs contours s’entremêlant à tel point que la distinction entre le récipient et la fleur commence à s’estomper.
Un sentiment de temps et d’inévitabilité imprègne néanmoins les tableaux de Holmes. Ses ocres sourds, ses bruns tabac et ses rouges ternis, associés à son habileté à créer des textures, évoquent la patine adoucie par le temps, signe de décomposition. Et pourtant, il en ressort un sentiment puissant d’espoir : une insistance sur l’accumulation plutôt que sur la perte, sur les vies vécues plutôt que sur celles qui s’achèvent, sur les histoires qui continuent à se transmettre de génération en génération, et sur les rythmes cycliques de la nature.

Peut-être cette sensibilité trouve-t-elle son origine dans la fascination que Holmes éprouvait, dès son enfance, pour ces objets précieux, presque tabous, et pour les récits qu’elle imaginait qu’ils recelaient. Ce qui distingue finalement son œuvre de la tradition du memento mori à laquelle appartiennent ces précédents de l’histoire de l’art, c’est un sentiment irrépressible de vitalité. Ces peintures sont moins des méditations sur la mortalité que des affirmations de continuité : une sorte de memento vivere. Elles nous rappellent non seulement que la vie est éphémère, mais aussi qu’elle est une découverte permanente. Par-dessus tout, elles nous invitent à continuer de regarder.
